jeudi 30 septembre 2010

Saison des pluies finie finie

"Le soir ça essaye de pleuvoir... ça essaye, ça essaye, mais ça arrive pas."
(Mahamadou, 53 ans, chauffeur.)

Allez, essaye encore nuage…

10 jours sans pluie… A Paris on sauterait de joie, mais ici il n’y a pas de quoi se réjouir.
Quand on se promène autour de Niamey, on voit des champs de mil déjà hauts, mais il manque encore quelques pluies pour que les récoltes d'octobre soient vraiment bonnes.
Si la saison des pluies est terminée, on ne verra plus une goutte de pluie avant... juillet prochain! Pour l'instant les paysages sont verts, bientôt l'ocre va reprendre ses droits.

mardi 28 septembre 2010

Lexique 1 - bonjour et au revoir

Les Nigériens sont logiques : le matin on se dit « bonjour » et l’après-midi on se dit « bonsoir ». Mais attention, soyons rigoureux ! On commence à dire se « bonsoir » dès que les 12 coups de midi ont sonné (c’est une expression hein.. pas d’église qui sonne ici…). Il ne s’agirait pas de dire « bonjour » à 13h, quelle idée.
Les Nigériens sont également très polis. Ils aiment prendre le temps de se dire bonjour (ou bonsoir, ça dépend de l’heure, vous suivez ?). C’est même tout un rituel qui peut prendre une petite minute, avant de commencer à parler d’autre chose. En général ça donne ça :

- Bonjour !
- Bonjour !
- Bonne arrivée !
- Merci.
- Comment ça va ?
- Ca va.
- Et la famille ?
- Ca va.
- Et les enfants ?
- Ca va.
- Et le travail ?
- Ca va.
- Et la chaleur ?
- Ca va.
- Et les deux jours ?
- Ca va.

C’est pas vraiment la peine de donner des détails, l’important c’est de dire à l’interlocuteur que « ça va » ! (même s'il fait 42°, que ta clim est en panne, que tes enfants ont des amibes et que les deux derniers jours ont été galère...).
Si on voit la personne plusieurs fois pendant la journée, on ne recommence pas toute la petite saynette bien sûr… Par contre il faut dire « Bonne arrivée » à tous les coups ! ça c’est incontournable. Toute la journée on me souhaite la « bonne arrivée », au bureau, à la maison, à une réunion, à un dîner, etc. C’est fou ce qu’on arrive bien dans ce pays.
Ensuite, quand la réunion ou la soirée est finie et qu’on veut prendre congé, le mieux c’est de demander la route. Pas du tout pour savoir si on aura des bouchons sur l’A13 ou si le périph est en travaux. (de toute façon ici en général tu prends la latérite, tu vas tout droit en évitant les nids de poule et très vite tu vas tomber sur LA route goudronnée et retrouver ton chemin.) C’est juste une formulation de politesse pour dire que c'est bien sympa, on a bien discuté, tout ça, tout ça, mais qu'on voudrait bien partir maintenant. « Je vais demander la route. Merci et à demain. »

Et quand on se quitte et qu’on se dit « à demain », il est hors de question d’oublier l’inénarrable « inch allah ». Même si on est sûr et archi-sûr qu’on se verra. C’est toujours inch allah qui a le dernier mot.

lundi 27 septembre 2010

"La 4è nuit noire" au Centre culturel franco-nigérien

Au début on se dit qu'on aurait pu faire pareil avec notre petit camescope. On se dit que les images sont très moches et que le montage a été fait avec une hache.
Au début on tend l'oreille et on se dit que les acteurs jouent vraiment très mal, qu'ils ânonnent leur texte comme des élèves de CE1.
Au début on regarde sa montre souvent, on trouve que l'histoire n'avance pas, que le rythme est lent. Très très lent. Et on se dit que la bande-son n'arrange rien.





Et puis peu à peu on réalise que les acteurs parlent juste avec lenteur et emphase, comme tous les Nigériens, qu'ils se déplacent avec nonchalance, comme tous les Nigériens. Bref on réalise que c'est un film africain, avec le rythme africain, l'ambiance africaine. Et peu à peu on se laisse prendre par l'histoire.
Celle de Koda, une jeune étudiante orpheline, et Kola un lieutenant de l'armée nigérienne, qui tombent amoureux. Mais ils ne peuvent se marier, car la tante de Koda veut la marier de force avec un riche homme d'affaires. De son côté le lieutenant se bat contre ses supérieurs qui veulent l'entraîner de force dans de sombres histoires de corruption. Finalement le lieutenant est assassiné et Koda, mariée contre son gré, empoisonne son époux le 4è soir de son mariage... la 4è nuit noire.
Malgré des moyens techniques et financiers très limités, Djinkarai Maiga, le plus grand cinéaste nigérien, a fait un film très osé : il dénonce la corruption qui gangrène l'armée et l'impunité dont bénéficient les officiers ripoux. Il dénonce aussi les traditions africaines qui imposent à une jeune fille de se marier contre son gré. Et à voir les réactions enthousiastes du public nigérien pendant la projection, on se dit que Maiga a des adeptes et que c'est drôlement rassurant.

jeudi 23 septembre 2010

Niamey a peur...

C’est bien connu, les journalistes ne sont pas là pour parler des trains qui arrivent à l’heure (encore qu'avec les grèves à répétition…), mais pour traquer le scoop tout chaud.
Et si possible être les premiers sur le coup. Ça c’est le bonus…
Et si possible faire peur à la ménagère. Ça c’est le super bonus… du moins quand on fait partie de la rédaction du 13h de TF1.

Justement Denis Brunetti fait partie de cette belle et professionnelle équipe de journalistes qui fabrique le JT de 13h de Jean-Pierre Pernaut. Denis est un journaliste qui n’a peur de rien et n’a pas hésité à s’installer au Grand Hôtel de Niamey, d’où il envoie tous ses reportages (on a reconnu la terrasse…). Étant donné que ses reportages sont constitués d’images d’archives du désert et d’images d’avions qui atterrissent, il aurait pu les faire depuis la Tour TF1 à Boulogne… Sauf qu’il n’aurait pas eu cette magnifique vue sur le fleuve Niger quand il fait des interventions en direct de la terrasse.
Et puis surtout il n’aurait pas pu faire un reportage sur « Comment-vivent-ces-expatriés-de-Niamey-qui-ont-peur »… tatadaaam (ça c’est le roulement de tambour pour la tension narrative…).
Le hic c’est qu’à Niamey aucun expatrié n’a changé ses habitudes et se sent en insécurité. Et à ce jour aucun expatrié n’a pensé pendant une demi-seconde quitter Niamey. Ben oui, on vient de payer l’inscription des enfants au judo et à la danse, on va pas partir maintenant. En plus vendredi y a une « soirée bavaroise » au restau la Véranda, avec du vrai saucisson pur porc comme on en rêve.
Donc Denis il s’est décarcassé pour trouver des imges et des témoignages qui allaient dans le sens de son sujet-qui-fait-peur. Et il a fini par trouver ! On finit toujours par trouver quand on cherche bien... Il a baladé son micro et sa caméra devant l’école française de Niamey ; Car quoi de mieux pour faire de l'audience qu'une école maternelle avec des petites têtes blondes menacées par des méchants terroristes ? En ouverture du reportage il n'a pas oublié de montrer un gros pick-up de la police en stationnement devant le portail de l'école. Un gros pick-up qui est toujours là, enlèvements ou pas.


Mais comment ça se fait que ce petit garçon aille à l'école tout seul?? Que font ses irresponsables de parents ? Heureusement que la police est là.


Notre grand reporter a aussi brandi son micro sous le nez de toutes les mamans blanches devant le portail de l'école. Et il en a trouvé une qui lui a lâché que ces jours-ci, oui c’est vrai, j’ai accompagné moi-même ma fille à l’école. Wahouuu… C’est sûr alors, les expatriés de Niamey sont terrorisés. Bien joué Denis. Finalement qui a peur ? Les expats ou la ménagère de TF1 ?


Ça c'est notre copine Véro qui emmène ses enfants à l'école... (et qui d'ailleurs était ra-vie de passer au JT de TF1...) Ouh la la mais elle a l'air drôlement pressée.. Elle aurait pas peur des terroristes par hasard ?

PS : Pour pas faire trop peur quand même, le reportage a été diffusé en 6è position du JT, après le reportage sur « Le restaurateur de Corbie qui accepte encore les Francs. » (sic)

Re-PS : Jusqu'en juin dernier Denis Brunetti était le correspondant de TF1 à Jérusalem... Il a dû confondre Gaza et Niamey.

Nouvelle attaque

Ils ont attaqué. Pourtant on fait attention, on se protège, on ne prend aucun risque inutile. Mais ils sont vraiment trop fort.
L’attaque a eu lieu lundi dans la journée, je me suis battue toute la nuit (je sais, normalement faut céder tout de suite, faut pas essayer de résister) et j’ai capitulé au petit matin : Mes intestins ont été pris en otage par un groupe inconnu, mais très puissant.

L’attaque a été revendiquée – après prise de sang – par le Groupement Armé des Amibes, qui a pour mode opératoire de détruire les parois des intestins.
Bilan : deux jours d’arrêt de travail, un ventre réduit en bouillie et la maison passée à l’eau de javel pour éviter d’autres attaques.
Aujourd’hui tout va bien, le traitement a été très efficace et retour au boulot !

Mais où est la tête ?!

PS : Les amibes sont des parasites qui se développement notamment dans l’eau et se transmettent très facilement, via de l'eau non potable, des aliments souillés, ou même une simple poignée de main par exemple.

lundi 20 septembre 2010

Pendant ce temps...

Il parait qu'une centaine de spécialistes de l'anti-terrorisme a débarqué au Niger pour rechercher les 7 otages d'Arlit. Nos amis de l'ambassade, civils et militaires, ont travaillé tout le week-end, jusqu'au petit matin... Impossible de savoir ce qu'ils font, ce sont des grands muets... En tous cas ils cherchent.

Pendant ce temps à Niamey, l'ambiance n'a pas changé : piscine, piscine, apéro, déjeuner entre amis, piscine, balade, soirée ciné au Centre Culturel Français pour l'ouverture de la saison culturelle, etc !
Les différents employeurs - privés ou humanitaires - n'ont donné aucune consigne de sécurité particulière. La plupart des missions sur le terrain continuent et la "Cure salée", l'événement de la rentrée, n'a pas été annulée.

La Cure Salée c'est la fête la plus importante pour les éleveurs du Niger. Elle a lieu chaque année à la mi-septembre, dans la région d'Agadez, à 1000 km au nord de Niamey. Suspendue depuis 2007 à cause des problèmes liés à la rébellion touareg, la fête reprend cette année, le 25 septembre.

Des éleveurs Touareg, Peul et Arabes venant de toutes les contrées du Niger (parfois même du Nigéria, de l'Algérie et du Mali) se regroupent dans la plaine de l'Irhazer. Chaque tribu amène ses animaux pour leur faire profiter des riches pâturages de cette plaine caractérisés par leur forte teneur en sels minéraux. C'est aussi l'occasion de retrouvailles et de célébrations : mariages, fantasias, concours de toutes sortes. Chaque campement est en fête.

Durant trois jours le spectacle est garanti : parades et courses de dromadaires savamment harnachés, concours de dressage de méharis, musiques et danses des quatre coins du Niger, et surtout... élection de Miss cure salée !

vendredi 17 septembre 2010

Plumpy'nut

Ce matin j'ai visité à Niamey l'usine de fabrication du Plumpy'Nut.


Voilà l'intérieur de l'usine, c'est tout moderne, les machines sont rutilantes et la propreté irréprochable.
A gauche ce sont les 4 machines sophistiquées (made in France... cocorico!) qui fabriquent le Plumpy'Nut.

Une invention française...
Le Plumpy'Nut est une bouillie destinée aux enfants très malnutris. Elle est composée de poudre de lait, d'arachide, de sucre et d'un cocktail de vitamines et minéraux. La formule a été conçue en 1996 par des nutritionnistes français de l'IRD (re-cocorico !!) et les petits sachets de Plumpy'nut sont aujourd'hui utilisés partout dans le monde pour traiter les enfants en situation de malnutrition aigue sévère.

Un sachet = un repas pour un enfant malnutri de moins de 5 ans.
Ca a un goût de cacahuète ; les enfants adorent il paraît!

Les sachets sont prêts à l'emploi, il n'y a aucune préparation pour les mères et aucun impératif particulier pour les conserver. Les enfants le boivent directement à partir du sachet, ce qui permet de traiter la malnutrition sévère sans hospitalisation. Le traitement dure entre 6 à 10 semaines selon l'état de gravité de l'enfant.


Blouse blanche, sur-chaussures, petite charlotte sur la tête... On n'est pas beau comme ça ? Le deuxième en partant de la droite, c'est mon chef...
Là ils sont en train de verser du sucre dans la machine qui concasse et mélange tous les ingrédients du Plumpy'nut. 1500 cartons contenant 150 sachets de bouillie prêts à consommer sortent chaque jour de l'usine.

Une fabrication nigérienne...
Ici c'est un peu exceptionnel, puisque c'est une société nigérienne qui fabrique le Plumpy'nut, en respectant bien sûr des normes hyper strictes.
Mme Cissé Fatchima, une pharmacienne de 60 ans bouillonnant d'énergie et d'idées, a décidé de se lancer dans la fabrication du Plumpy'nut suite à la grande crise alimentaire de 2005. Elle est partie d'une toute petite usine qui produisait 1 tonne par mois de bouillie locale pour enfants ; Aujourd'hui son usine, entièrement modernisée, produit 400 tonnes par mois de plumpy'nut.

Elle les fait pas ses 60 ans, hein ? Le Plumpy ça conserve...

L'usine de Madame Fatchima tourne 24h sur 24, 6 jours sur 7. Il faut dire que la demande au Niger est énorme : 1 enfant sur 2 est malnutri. Les enfants de 6 mois à 3 ans sont les plus touchés.
Depuis le début de la crise 2010, 200 000 enfants ont déjà reçu un traitement de Plumpy'nut et ont été sauvés. C'est l'Unicef, Médecins Sans Frontières, Save The Children, Care, la Croix-Rouge, etc. qui distribuent le Plumpy'nut aux enfants malnutris et suivent l'amélioration de leur état semaine après semaine.

Les matières premières venues du monde entier!
Hélas le Niger n'a pas de matières premières - hormis l'arachide. Madame Fatchima importe donc le sucre d'Argentine et du Brésil, le cacao de Côte d'Ivoire, le lait en poudre, les vitamines et les minéraux de France, l'huile de palme de Malaisie et le carton d'emballage du Ghana. L'objectif est de fabriquer au moindre coût pour les acteurs humanitaires, tout en respectant la formule nutritionnelle du produit.

Fabriquer au Niger coûte cher, notamment à cause de l'insuffisance - pour ne pas dire pénurie parfois...- d'électricité, de gaz et de carburant. Les mêmes sachets de Plumpy'Nut fabriqués en Normandie coûtent beaucoup moins cher... Mais l'Union Européenne, les Nations Unies et MSF (les principaux acheteurs de Plumpy'Nut) ont décidé de soutenir la production nigérienne et de n'acheter que du Plumpy'Nut sortis de l'usine de Niamey pour ré-alimenter les 400 000 enfants en situation de malnutrition aigue.